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L’un ou l’autre - Nouvelle de Ludivine LANOY

 

Il regarda le sang couler. Un petit ruisseau, un tout petit ruisseau, calme, tranquille, apaisant...

Les rues étaient désertes, l'air était chaud, le soleil dardait de ses rayons les moindres recoins. Le temps semblait s'être arrêté, et l'espace d'un instant, cette rue aurait pu être le lieu le plus apaisant du quartier... sauf pour Baptiste.

« Expérience sensorielle et émotionnelle désagréable ». Douleur. Sept lettres définies en cinq mots. Un sourire qui disparaît, des membres qui tressaillent, un corps qui se courbe, des poings qui se ferment, un regard qui s'embue, un espoir qui s'envole, un cri, un silence, un flottement, un relâchement, un apaisement : une fin.

Ça, c'est le quotidien de Baptiste. Un éternel recommencement. Parfois pourtant, il y pense, à la fin. À sa fin.

Il était issu d'une famille modeste, mais ne manquait cependant de rien. Son père, ouvrier, était un héros pour lui, la personne la plus courageuse qu'il connaisse. Sa mère n'avait jamais travaillé, elle s'était consacrée à son éducation. Enfant unique, il était choyé par ses parents et menait une vie des plus heureuses jusqu'à sa rentrée au collège.

À sa sortie de l'école primaire, Baptiste est bien dans ses baskets, un garçon comme les autres qui s’apprête à débuter sa vie d'adolescent sans entraves, aux côtés de ses amis. C'est pendant les grandes vacances que les choses s'étaient un peu gâtées. Une fin d'après-midi, alors qu'il rentrait d'une longue errance dans les bois avec des camarades, son père lui avait annoncé leur soudain déménagement. Ça avait été un choc pour lui, devoir tout quitter soudainement, il ne s'y attendait pas. Le logement dans lequel lui et sa famille habitaient avait été jugé dangereux, nocif pour leur santé et ils allaient être rapidement relogés. La nouvelle adresse n'était qu'à cinq kilomètres de là, mais la rentrée dans le collège du coin était compromise.

Quand il questionna son père, ce dernier tenta de le rassurer : l'établissement qu'il allait fréquenter était vraiment bien réputé et des copains, il allait sans aucun doute s'en faire de nouveaux très rapidement .

Après quelques jours, Baptiste soutenu par ses amis, avait fini par se rendre à l'idée de déménager, voire même à en trouver quelques contentements. Il avait visité la future maison, et sa nouvelle chambre était bien plus grande que la précédente. Il imaginait comment la décorer, avec tous les super-héros qu'il aimait tant. Il voulait être comme eux, quelqu'un qui protège les autres, quelqu'un à qui on pouvait faire confiance et sur qui on pouvait se reposer. C'était son idéal, il ne savait pas encore quel genre de métier il voulait faire, mais il chercherait sûrement quelque chose qui comporte toutes ces qualités.

L'emménagement s'était bien passé, toute la famille était installée, l'été passait doucement au rythme des sorties entre amis et des barbecues à la maison. Baptiste était heureux, bien qu'un peu angoissé par la rentrée. En primaire, il faisait partie des plus grands, mais maintenant, il fallait tout reprendre à zéro et redevenir l'un des plus petits de l'établissement. D'autant que physiquement, il n'avait rien d'un collégien, il était de petite taille, très fin, et sa voix qui muait lui donnait un côté très enfantin. La rentrée n'était que dans dix jours et pourtant Baptiste avait déjà préparé son sac. Ses vêtements pour le grand jour étaient prêts sur une chaise, bien qu'il en changeât à plusieurs reprises, ne sachant pas vraiment se décider sur la tenue adaptée. Les derniers jours passèrent à une vitesse folle, il était temps d'entrer au collège...

Ce matin-là Baptiste ne réussit pas à déjeuner, pourtant sa maman lui avait fait un petit déjeuner de roi : tartine grillée bien beurrée, chocolat chaud fait maison, et salade de fruit. Mais rien ne passait, la pression était bien trop forte. Ses parents ayant jugé qu'il était assez grand pour aller au collège sans risque, à pied, l'embrassèrent et lui firent signe à la porte au moment du grand départ. Baptiste commença son chemin, et vit son père qui partait travailler le doubler en voiture. Il faisait un peu frais, mais le soleil était tout de même présent ce qui réconfortait Baptiste. Sur le chemin, il repensa à la visite qu'il avait fait en début de vacances dans le collège. Il se repassait les différents lieux, les bureaux, les classes, la cantine, les recoins de la cour de récréation, il avait à peu près tout retenu. Il avait une très bonne mémoire visuelle et si tout se passait bien, il ne devrait avoir aucun souci à se repérer dans l'établissement. Obnubilé par ses pensées, il ne s'était pas aperçu qu'il était arrivé à la grille. La journée pouvait commencer...

Quand il rentra chez lui ce soir-là, Baptiste ne savait pas vraiment que penser de sa journée. Il avait eu son emploi du temps, qui était assez clément, vu ses professeurs qui pour la plupart avaient l'air sympathiques, mais il n'avait pas réussi à discuter avec les camarades de sa classe. Il avait même eu l'impression qu'un des garçons s'était moqué de lui au moment d'aller à la cantine. Mais il se dit qu'il devait sans doute se faire des idées...

 Canary-Bay - Nouvelle de Ludivine LANOY

 

Son cœur de guerrière avait donc une faille, celui d'appartenir à une femme comme une autre, un cœur ne pouvant résister aux méfaits de l'amour...

Elle ouvrit les yeux mais ne vit rien. Elle était dans le noir complet, un noir qui sentait la nuit. Elle était allongée mais ce n'était pas un lit, plutôt une paillasse, ou quelque chose comme ça. Ni dur, ni moelleux, ni confortable, ni désagréable, juste suffisant pour se reposer. Elle referma les yeux, sans vraiment comprendre où elle était, ni même pourquoi elle y était. Elle sombra de nouveau dans le sommeil, non pas réparateur, mais qui allait au moins répondre à ses interrogations.

Elle se revit sur son bateau, détendue, profitant du vent qui caressait son visage. Rien ne pouvait prévoir la suite des évènements. Elle avait travaillé dur pour pouvoir profiter de ce week-end en mer, elle travaillait toujours beaucoup trop, de toute manière. C'était un automatisme, se lever, se préparer et aller travailler. Devoir se faire une place dans un monde qui ne voulait pas d'elle, devoir toujours faire des efforts surhumains pour arriver à la cheville de ses collègues, tous masculins, qui eux, ne pensaient qu'à lui faire des réflexions désobligeantes, ayant depuis longtemps abandonné l'espoir de la mettre dans leur lit.

 

Comment j'ai tué ma mère - Nouvelle de Ludivine LANOY - Audio

 

C'en était fini pour elle, de toute sa splendeur, de toutes ses belles apparences, de tout ce qui la faisait tenir debout.

Il y avait cette femme, le genre de celles auxquelles on aimerait ressembler, toujours soignée, toujours souriante, qui place le bon mot au bon moment, avec sa maison parfaitement ordonnée et sa cuisine toujours délicieuse. Et il y avait cette petite fille, le genre d'enfant que tout parent rêve d'avoir, brillante et délicate, un peu tête en l'air, l'esprit souvent dans les nuages.

 Il y avait ma mère, il y avait moi, et l'envers du décors.

Bien sûr, il y avait les personnages secondaires, un grand frère un peu trop protégé, un peu trop gentil, un peu trop renfermé, mais pas bien méchant. Et un père... Un père présent et pourtant si absent à la fois, semblant toujours porter un poids sur ses épaules, Dieu merci bien solides.

Et toujours l'envers du décors.

Ne dit-on pas qu'une fois les portes fermées, personne ne sait ce qui se passe ? Qu'une fois les portes fermées, tout apparat disparaît ? Cette phrase n'est ni plus ni moins qu'une façon d'exprimer ce que nous vivons et que personne ne voit, ou ne veut voir.

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