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Du coq à l'âme, Arlette Arlington, Au bord de l'eau, Caramba !

Du coq à l'âme - Recueil de poèmes de Brigitte Lécuyer

J'ai pris le temps

J'ai pris le temps

Comme il venait

À tirer la barbichette

Du destin

Et de fête en défaite

Je n'ai ramassé que des miettes

 

À raconter des sornettes,

Me suis cassé la margoulette

En me prenant pour un poète

À présent, j'ai plutôt l'air bête

Je risque peut-être

De me faire plaquer par mes plaquettes

Et l'histoire virerait tristounette

J'espère un coup de baguette

Du sors

Mais pas question de faire la diète

 

Quand je ne serai plus qu'un squelette

On sèmera ma poudre d'escampette

Sur la planète

Et comme toutes les marionnettes

Trois petits tours, une pirouette

Je partirai telle l'alouette

Réviser mes épithètes

À jamais.

 

Arlette Arlington - Nouvelle

 C'est à Arles que je suis née, le 6 Juin 1944 à l'aube. Mon petit papa qui avait eu vent de l'évènement par la BBC avait glissé à l'oreille de maman qui hurlait de douleur, que si c'était une fille, il fallait l'appeler Victoire parce que forcément, c'était un signe du destin. Mais maman elle s'en fichait bien des signes du destin et que les américains débarquent en Normandie, puisque je débarquais, moi et que ça faisait dix ans qu'elle n'attendait que ça : une lignée à elle, même si sa lignée s'est arrêtée net avec moi. À cet instant-là, elle l'ignorait. J'arrivais avec une semaine de retard et des voisines peu compatissantes, prétendaient que les bébés qui tardaient à venir n'étaient souvent que de pauvres fadas.

 Le jour J, on avait dû recourir aux forceps, car si maman avait des contractions bien pointues, elles n'avançaient guère le travail. La sage-femme, une novice, avait beau écraser le ventre de maman de toutes ses forces et de son popotin, je ne montrais pas mon nez pour autant. Ma petite mère qui d'habitude surveillait son langage, avait tant ameuté le voisinage, qu'on avait cru que la gestapo y était encore pour quelque chose. Une chaleur torride engluait les corps et les mégères du quartier de la Roquette où nous habitions, affirmaient que la Pierrette, elle devait être possédée par un fieffé démon pour sortir autant d'horreurs à cette sage-femme d'occasion.

 Enfin, après des heures de rude bataille, je fis mon apparition triomphante et fraîche comme une tomate. Puisque maman en avait bavé, des ronds de chapeau, elle s'était accordé le droit de choisir mon prénom. C'est donc elle et elle seule qui l'avait gagnée cette bataille et on ne pouvait pas dire que papa l'avait beaucoup aidé. Impuissant mais fièr de lui tout de même, il avait dû se résigner, Victoire ou pas ! N'empêche, ses beaux rêves tombaient à l'eau, il avait désiré si fort un fiston, un beau petit mâle pourvu de tout l'attirail et voilà que lui tombait une pisseuse aux cheveux orange avec des grains de son sur tout le corps, comme si on avait laissé ce bébé là au soleil sous une passoire à nouilles.

 

Au bord de l'eau

Par une chaude après-midi d’été, un enfant, un bambin de dix-huit mois peut être, pataugeait gaiement dans des flaques tièdes au bord de l’océan d’un bleu aveuglant, sous le regard attendri de sa jolie maman. Allongée sur le sable sec, elle ne le quittait pas des yeux, enfin c’est ce qui semblait car derrière ses lunettes noires, on n’apercevait pas vraiment son regard. Le chérubin aux yeux rieurs et aux boucles folles, s’éclaboussait dans des éclats de rires cristallins.  Il ne portait qu’une salopette courte rayée de rose sur sa peau couleur d’abricot mûr. Tout à son jeu, il s’approcha dangereusement des premières vagues.

D’un coup, une vague plus forte que les autres arriva, le souleva et en un éclair, il disparut happé par les flots bouillonnants. La pente à cet endroit était  forte et les vagues aussi sournoises qu’irrégulières.

La mère  n’apercevant plus l’enfant lança un cri déchirant. Elle enjamba les vagues en hurlant.

Les pieds dans l’eau, pas très loin, je restais planté là, au moment où le drame  survint.

 

Caramba !

Les dieux parfois savaient se montrer cléments, pensa Mérida. Elle se dirigea vers un trou béant, en chassa une chauve-souris hystérique et y plaça le magot. Elle allait reprendre sa vie comme avant ou presque, elle ne dirait rien à personne. Elle respira profondément et ce fut sa dernière respiration. Le souffle lui manqua. Tant d’émotions ! Le cœur usé de Mérida s’arrêta au pied des marches moussues de sa cave. Elle ne sentit rien ou presque, juste une douleur sourde au sein gauche. Et un flash illumina sa vue. Elle ne devait jamais revoir l’aube et ses vapeurs mordorées. Mérida remit son âme à Dieu à la seconde même où s’abîmait dans les flots, le vol A 415 en provenance de Mexico direction Paris. Une tragédie qu’elle ignora comme tant d’autres choses.  

Les dieux se fichaient bien des petites préoccupations mercantiles de ces fichus humains et l’heure était venue d’en finir une bonne fois pour toutes avec cette sacrée histoire. Ils auraient dû savoir qu’on ne dérange pas impunément certaines divinités aztèques et olmèques et c’étaient précisément ces dernières qui se montraient des plus chatouilleuses.

Un mois plus tôt, de l’autre coté de l’océan, aux confins d’une banlieue verdoyante, Luc venait de découvrir qu’il était dans le rouge à sa banque et qu’il allait falloir y remédier. Il  ouvrit en grand un placard blanc dans lequel on pouvait apercevoir  une succession de chemises admirablement repassées par Dolorès. Il déplaça quelques vêtements puis sa précieuse collection de pulls en cachemire, tous de couleur pastel. Le billet était toujours là, l’aller-retour pour Mexico  dormait au chaud.  La folle équipée pouvait reprendre !

Luc téléphona aussitôt aux deux autres : « Caramba ! Prêts pour la corrida, amigos, avait-il lancé tout émoustillé. «  Rejoignez-moi là où vous savez, je m’occupe des détails et des formalités ».

C’était tout ce qu’il pouvait dire. Caramba  c’était leur code et le signal d’un départ imminent !

Quelques semaines plus tard, ils se retrouvaient tous les trois dans le hall de Roissy. Ils s’envoyaient des  bourrades, plaisantaient  comme des gosses dans une kermesse à l’idée de la bonne farce qu’ils allaient encore jouer. Ils gloussaient et Fabrice de sa belle voix grave gronda  en espagnol :

- Prépare-toi à la trouille de ta vie Mérida.  J’arrive !  Tout ceci en faisant rouler les R de façon outrancière

Ils gesticulaient tant et tant que les autres voyageurs souriaient en regardant  ce trio  faisant le pitre dans l’aéroport. Luc leur rappela la sagesse. C’était lui l’instigateur de l’affaire, l’aîné et le plus aguerri des trois. Ils devaient faire en sorte de passer inaperçus encore cette fois-ci. 

«  Les gars, les gars ce n’est pas la peine de se faire remarquer » bougonna-t-il, les yeux faussement exorbités ! « Vous voyez bien qu’il y a des caméras partout dans ce putain d’aéroport. Ayons l’air de vulgaires touristes ! C’est bien ce que nous sommes non, de vulgaires touristes ? »

James et  Fabrice faisaient la moue : vieux rabat-joie, pensaient-ils, mais au fond,  ils savaient que Luc avait raison.

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