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Bernard VIALLET

Expresso Love - Roman de Science-Fiction

Chapitre 1

 

Je m'appelle Kader Moktari, mais mon nom ne vous dira sans doute rien. C'est simplement celui sous lequel je suis inscrit sur le registre d'état-civil numérisé de la Fédération Galactique et si j'en fais explicitement mention, c'est uniquement pour qu'il n'y ait pas de confusion dans votre esprit entre le monde réel et le monde virtuel. J'ai acquis une certaine notoriété sous une autre identité, disons que j'ai porté un nom de scène plus connu, mais au  moment où j'écris, ce 24 décembre 2446, il n'a plus aucune importance. Je préférerais même qu'on oublie ainsi que tout ce dont j'ai pu me rendre responsable sous ce maudit pseudonyme. D'ailleurs j'en arrive parfois à me demander si ma propre existence a eu une quelconque réalité. Si ce que je viens de vivre n'est pas une simple illusion ou un long cauchemar. Une suite d'erreurs et de coïncidences, tragiques ou lamentables, j'hésite entre les deux. Et dire que toute cette affaire n'a duré qu'un an. Une petite année, à peine douze mois, 52 semaines, 365 jours, 8760 heures, 525 600 minutes, 31 536 000 malheureuses secondes. Pas grand-chose dans la vie d'un individu. Environ 1 % du temps qui pourrait lui être alloué. À condition de vivre un siècle, bien sûr. Mais à notre époque, les centenaires foisonnent. On parle de cinquième âge, on se demande même où on va pouvoir les caser, tous ces vieux à trois chiffres. Donc pas grand-chose et en même temps, énormément. Tout dépend de la vitesse à laquelle s'enchaînent les évènements. Selon les circonstances, le temps ne s'écoule pas à la même vitesse. Enfin c'est une impression parce qu'en réalité les secondes s'égrènent toujours de la même façon. Les horloges en sont les témoins impartiaux. Et pourtant cette vitesse relative dépend de ce qu'il se passe, de ce que nous vivons et de la manière dont nous le ressentons...

Moi, j'ai toujours vécu à cent à l'heure, ce qui est une manière de dire que je ne suis jamais resté les deux pieds dans le même sabot, à attendre l'heure du déjeuner, puis celle du souper par exemple. Au boulot, je n'ai jamais regardé les aiguilles de la pendule en me plaignant de la lenteur de leur rotation. Je me suis rarement soucié de l'heure à laquelle j'allais quitter mon bureau. Je bossais par plaisir, par passion, ce qui change totalement la donne. Je n'ai pas une nature à m'ennuyer et je suis même quelqu'un d'optimiste par principe. J'aime bien que ça bouge, que ça fonce, qu'il se passe des choses. Les gens me voient dans le style : "I'll sleep when I die". Pourtant, au cours de cette maudite année 2445, combien de fois n'ai-je pas souhaité de toutes mes forces que ce rythme effréné ralentisse un peu...

Mais je m'aperçois que je digresse, que je m'égare et j'ai très peur de lasser, ce qui serait la pire des choses. Je n'arrive pas à accepter l'idée que ce que j'ai vécu se perde dans les ténèbres de l'indifférence. En dehors de ce ridicule message que je vais lancer comme une bouteille à la mer, je n'ai plus aucun moyen pour communiquer, moi qui n'avait qu'à claquer des doigts, passer un coup de perso ou brailler " La une sur moi, Serge ! " pour que mon image et mes interventions aussi creuses que convenues inondent les écrans des mondoviseurs et les unes de la plupart des médias de l'infosphère...

Mon véritable nom est donc bien Kader Moktari. Je suis né le 4 août 2415 sous un mauvais signe, celui du Lion orgueilleux, susceptible, coléreux, vaniteux et arrogant. Bien sûr, je me vois personnellement plutôt volontaire, généreux, sincère et courageux. Comme il est difficile d'être juge et partie, je préfère passer très vite là-dessus parce que j'ai pour principe de ne pas croire à l'astrologie. D'ailleurs, je ne crois pas à grand-chose, c'est du moins ce que pensent les gens qui disent me connaître. Ni Dieu ni Maître. L'anar, le rebelle de luxe, c'est du moins l'image que je donnais autrefois. Parce que maintenant, je commence à douter, à me poser des tas de questions. Et s'il y avait une justice immanente ? Et si quelque part nos actes étaient pesés sur une sorte de trébuchet céleste ? Et si des gens nous manipulaient dans les coulisses ? N'ai-je pas été le dindon d'une mauvaise farce, le pantin dont on a tiré les ficelles ? Vu l'état dans lequel je me trouve, elles ont dû être coupées les ficelles... mais par qui ?

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