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Gamin de la guerre à Préseau de Jean-Claude Carnoye

Présenté par Marie-Odile Bigaillon de Flerange

Quelques souvenirs de gamin

Le village tel que nous l'avons connu à l'époque, avant 1939, jusqu'en 1946-1947 a disparu, devenant un village évidemment «  rurbanisé ».

À cette époque, il comporte plus de trente exploitations agricoles plus ou moins importantes, plus de vingt estaminets — une classe maternelle ; trois classes à l'école des filles ; trois classes à l'école des garçons — une petite école libre. Il y a aussi la mairie, l'Amicale laïque, l'Harmonie municipale, l'équipe de foot et un presbytère avec un curé agissant dans le contexte de l'époque.

La population liée à la terre, aux activités agricoles et d'élevage, était certes minoritaire comparativement à la population ouvrière, mais tenait une place importante dans le village surtout pendant la guerre. D'autant plus qu'une grande fraction de la population ouvrière active était en captivité en Allemagne — seuls, deux ou trois cultivateurs étaient prisonniers.

À part quelques-uns qui pensaient que leur avenir était à la ferme, les autres savaient qu'ils iraient « ouvrer ». Certains utilisaient le mot « usinier ».

J'avais toujours rêvé de devenir fermier. Bien que ma mère m'ait toujours dit que cela serait très difficile. L'avenir en a bien évidemment décidé autrement.

La guerre

J'allais « bricoler » à la ferme Cheval1, une famille paysanne. Le père, ancien maire, était aussi un peu négociant en grains et engrais. Le fils Lucien entretenait les terres, et les filles, Eugénie et Julia, s'occupaient des vaches et des autres animaux. Bricoler, c'était ramasser les œufs, les fruits, donner du grain aux poules, la pâtée aux chiens. J'avais le droit d'approcher les veaux, et de relever les tapettes à souris.

En août et septembre 1939, c’est la mobilisation. Les annonces sont effectuées au moyen d'affiches collées sur le tableau de la mairie. Les rappels se font à l'aide de numéros.

Dans l'après-midi, j'avais le numéro de la nouvelle affiche, et le fais savoir à Lucien.

— « Cha y est, ché m'tour ! » Il a envoyé sa sœur vérifier, et a alors fait venir de l'eau pour se laver ; ce que sa mère a apporté sous le noyer de la cour. Julia, l'autre sœur, a déchargé la charrette avec son assistant, Sory, le beau-père du brasseur Carpentier, après avoir dételé les chevaux. En prenant un bain de pieds, il a demandé à Eugénie d'aller lui acheter un porte-monnaie — pourquoi fallait-il un porte-monnaie pour aller à la guerre ? Ceci m'est toujours resté en tête.

J'ai revu ce porte-monnaie en 1941, lorsque Lucien a été libéré. Son unité ayant été démobilisée en zone libre. Ensuite, nous avons vu partir de nombreux autres « mobilisés ». Une chose m'a frappé : le départ de Timmerman qui occupait la maison qui devint le P.C. de régiments de passage, et plus tard la pharmacie.

C'était une des rares personnes de la commune possédant une voiture (comme le curé ; l'instituteur monsieur Posière ; un habitant de la rue de Valenciennes ; Pamart le forgeron et le médecin Flerecq…).

1- Rue Evariste Boussemart.

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