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L'aliberté - Yves Durlin

L’aliberté

 

Ta main recueille les dernières paroles des condamnés

Comme une cuiller de bois teintée

De l’ombre des derniers soupirs.

 

Le crépuscule rouille

Et se couvre de la poussière

Des nuages ensanglantés.

 

Le fer s’effrite entre les doigts du temps.

 

Immortels nous sommes,

Rien ne prend fin

Mais tu as le cœur

Si maigre

Si encore vivant.

 

La peur du vent face à la rage de survivre,

Les nuages couronnes consacrent les barbelés.

 

N’est reine que l’attente.

 

La sève rouge des poteaux d’exécution

Appelle les bourgeons de la terreur.

 

Notre volonté au bord de l’horizon porte le monde.

 

Le crépuscule rouille

Et la solitude enfante des masques froids impassibles.

 

Leurs regards aux yeux vides se glissent

Dans les failles de l’âme.

 

Toute fissure laisse passer la lumière.

 

Ton visage traverse le mur noir de suie humaine,

Une trouée bleu pâle dans le marbre du ciel

Ravive ta mémoire devenue étrangère.

 

Les pieds nus

Dans la terre vêtue des dernières traces

Des derniers passages

Des derniers déchargés

Direction l’impasse aux portes hermétiques.

 

Le crépuscule rouille

 

Et le fleuve des corps inertes flotte

Dessus le spectacle emplumé des parenthèses noires qui croassent.

 

06/08/2020

 

Léo le chat - Yves Durlin

La moiteur de l'heure

La moiteur de l'heure

Brûle le front de la vie

Lointaine l'inflexible envie

Se couche près de toi sans heurt

Fantôme sans trêve

Ton passage comme grève

Où la vague ondulante

S'endort en rêverie envoûtante

 

20/10/2004

Ydile  -  Yves DURLIN

Chapitre : La pluie est la sueur du temps

Ce jour il pleut. Le temps gris enveloppe les nuages silencieux qui semblent comprimés dans l'espace. Le trike imperturbable surfe sur la route luisante. Les vitrines aguicheuses des magasins alignés se reflètent dans la maigreur des caniveaux muets. Les bordures hautaines des trottoirs butés défient ces étranges marées sombres et filiformes. Le rythme sonore du moteur me donne confiance dans le fourmillement de la circulation incessante. Les voitures aveugles jouent le rôle des chenilles processionnaires, les unes derrière les autres. Anonymat parfait nourrissant l'individualisme éphémère des automobilistes fantômes. Dans mon dos, la housse multicolore de la guitare classique caresse mon casque. Elle enveloppe, habille l'instrument qui fait office de passagère à la forme de mannequin. Sa présence silencieuse me fait du bien. Elle et moi, couple à vie. Au loin citadin se profile La Maison. C'est là que je me rends.

Ni lieu Ni mètre    -    Yves DURLIN

Âme, amour

 

La lampe sait que tu es là.

Même sans elle

Moi

Dans mon cœur

M'aimes sans elle

Je sais que tu es là.

 

Je te vois

 

Ce soir un enfant du crépuscule

Attend l'aube.

Plus un seul moment n'aura le temps

Dans mon appel

D'être sans sens.

 

Âme, amour.

Nuit bleue veine  -  Yves Durlin

Nuit bleue veine

Les gouttières, veines bleues métalliques,

Giclent sur le pavé hémorragique, repu,

La sueur des nuages incestueux hors temps.

 

Le crépuscule noie son déchirement céleste

Dans les lambeaux sombres d’une nuit accouchante.

 

Maltard arrivera l’œil blafard vidé de son humeur vitreuse

Par un nuage ciselant un futur horizon.

La rue, exsangue de toute présence humaine,

Guette immobile et froide l’ombre des âmes,

Fantômes de mémoires diurnes qui semblent se léviter

De quelques centimètres de hasard au-dessus

Du clavier granitique des trottoirs.

 

Un poteau, potence électrique,

Écartèle ses maigres hauts bras.

Là-haut les fils, au courant des rumeurs,

Coupent net le souffle du vent.

Fils hurlants dans la nuit muette.

La rue se casse le dos et plonge, courbée,

Vers un abysse encroûté d’asphalte.

...

Silex


Sois le silex qui taille le temps

Sois le temps de la création qui accouche de l’espace

Sois l’espace de tes actes-sculptures qui embrassent l’amour

Sois l’amour silex dans la main de la vie qui taille tes racines

Sois tes racines qui nourrissent l’inutile si utile

Sois l’histoire de la vie pour qu’elle continue d’exister.

 

17/11/2019

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