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Florence MARTIN  -    ROMAN

Panique au séminaire

Cléo

Hier, j'ai fêté mes cinquante ans ! Putain cinquante ans, déjà ! Me voilà débarquée sur la plage des vieux, enfin des pré-vieux. La cinquantaine flamboyante comme ils disent. Mais c'est la cinquantaine larmoyante en réalité. J'ai célébré cet anniversaire dans la solitude, écouté Salomon Burke sur mon ordinateur tout en sirotant une bouteille de champagne. Alcool et musique m'ont plongée dans un nuage de perplexité. Elle est arrivée plus vite que le pensais la date de péremption des femmes jeunes et jolies. La vie n'est qu'un toboggan qui précipite tout être humain vers une fin annoncée. Et j'y suis, au début de la fin.

Toutes ces années où je me trimbale sur notre planète sont les plus belles que le monde offre à tout citoyen lambda de notre monde occidental. Le chômage, un vilain mot réservé aux anciens, même des nazes comme moi, sans aucun diplôme, des " losers " trouvent boulot à leur pied. L'emploi vous court après, on fait monter les enchères. Et si la tâche est pénible, déplaisante ou simplement ennuyeuse, hop on file son sac au patron, insultes en prime. Les petites annonces abondantes procurent dans les trois jours le job de rêve, enfin presque. Cette possibilité, je l'use jusqu'à la corde.

Dans cette ambiance euphorique, je glandouille dans la vie, insouciante et désinvolte. Je n'envisage jamais mon avenir, car je m'en fous, préférant me vautrer avec volupté dans la paresse. C'est invraisemblable, mais je suis sûre de moi, certaine que d'une façon ou d'une autre, je vais gagner.

Le sida est inconnu dans ma jeunesse et je consomme pas mal d'amants. La fidélité est une notion démodée, je papillonne donc d'une rencontre à l'autre.

Dans la foulée de cette vie extraordinaire, Boris surgit dans mon univers. Je le rencontre pour la première fois au festival de Nyon (maintenant c'est Paléo). Il est assis dans l'herbe sur son blouson de coton, les mains encapsulant ses genoux pliés jusqu'au menton. Il porte un t-shirt gris clair et une paire de shorts de même teinte. Je m'affaisse à côté de lui et il me tend la bière qu'il est en train de déguster. Pas un mot. Nous écoutons Diane Dufresne ensemble sans nous parler. Le concert terminé, il me prend par la main et m'entraîne sur la plage. Les baisers succèdent aux baisers, il embrasse si bien, je souhaite que ça ne s'arrête jamais, puis on fait l'amour jusqu'au petit matin. Je m'endors enroulée sur son corps.

Une joyeuse entente règne entre nous, car nous portons le même regard arrogant sur la société, " ils n'ont rien compris ! " Bien sur, on est les seuls à détenir la vérité, à considérer la terre comme un grand terrain  de jeux sans frontières. Nous parcourons de nombreux pays et continents sac au dos, en train, en 2 CV, avec une tente pour tout abri, éblouis par la diversité de notre monde. On fume pas mal !

Après quelques années de ce régime, nous nous échouons sur une plage de Crète : Matala. C'est là, dans un camping peuplé de hippies que je constate que je suis enceinte jusqu'aux oreilles. En toute logique, nous nous unissons par les liens du mariage. Je me retrouve une poignée d'années plus tard avec deux fils.

Les années passent, les enfants grandissent, les voyages s'espacent. L'avion comme moyen de transport remplace le train et la voiture. Notre petit chapiteau est abandonné au profit d'hôtels confortables. L'embourgeoisement nous guette avec l'âge. Le slogan : " on a fait la révolution pour ne pas devenir ce que nous sommes " devient hélas notre réalité. Mais je continue à me pâmer devant Boris. Il envahit tout mon univers, je ne pense qu'à lui, jour et nuit. Tous mes actes, tout ce que j'accomplis, c'est pour lui et je ne vois pas venir la suite, obnubilée que je suis par mon besoin insatiable de tendresse. Il y a une année, Boris a déserté le foyer sans explications, au bras d'une pétasse de 25 ans, une belle fille bien roulée. Ces derniers temps, il passait ses journées dans son cabinet de kinésithérapeute et moi je continuais à arpenter des bureaux d'entreprise pour exercer mes talents d'hôtesse. Je ne m'en suis pas aperçue, mon mari ne supportait plus une cinquantenaire grincheuse. Il est à cent lieues de son épouse. Un homme de cinquante ans, ce n'est pas du tout comme une femme de cinquante ans. Il est encore mince, toujours très beau malgré ses tempes grisonnantes, bref, il séduit. Il s'est vite consolé avec une plus jeune, plus fraîche, plus éclatante, plus blonde. Tout plus quoi. Quelle baffe !

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